La théorie du Donut : plancher social, plafond environnemental et économie de demain
La théorie du Donut définit un espace juste et sûr entre plancher social et plafond environnemental.
- Deux cercles concentriques : plancher social et plafond environnemental.
- Le plancher repose sur 16 objectifs sociaux inspirés des ODD de l’ONU.
- Le plafond correspond aux 9 limites planétaires du Stockholm Resilience Center.
- La zone rouge intérieure marque les besoins essentiels non satisfaits.
- Les 20 % des pays les plus riches dépassent fortement le plafond écologique.
- Le modèle appelle une économie régénérative, ni extraction ni gaspillage.
Qu’est-ce que le plancher social et le plafond environnemental du Donut ?
Le Donut de Kate Raworth se présente comme deux cercles concentriques. Le cercle intérieur est le plancher social : en dessous, ce sont les besoins essentiels qui manquent. Le cercle extérieur est le plafond environnemental : au-delà, c’est la planète qui est mise en danger.
Entre les deux se trouve l’espace « juste et sûr pour l’humanité », seul endroit où une société peut prospérer durablement. Voici comment ces deux limites se déclinent concrètement.
Le plancher social : 16 besoins essentiels à garantir à tous
Kate Raworth identifie 16 objectifs sociaux qui composent ce plancher, largement inspirés des Objectifs de Développement Durable de l’ONU. L’idée est simple : aucune personne ne devrait vivre en dessous de ce seuil. En voici les principaux, tous interconnectés :
- Se nourrir : accéder à une alimentation suffisante et saine
- Se soigner : bénéficier de soins de santé de base
- Apprendre : recevoir une éducation tout au long de la vie
- Travailler : avoir un emploi dignement rémunéré
- Logement décent : disposer d’un toit sûr et abordable
- Eau potable : accéder à l’eau salubre et à l’assainissement
La zone rouge intérieure du Donut représente précisément les situations où ces besoins ne sont pas assurés. Selon les données du laboratoire d’Oxfam et de la Doughnut Economics Action Lab, les 20 % des pays les plus riches affichent de meilleurs indices sociaux, mais au prix d’une pression écologique disproportionnée. Autrement dit, satisfaire le plancher sans respecter le plafond ne fonctionne pas.
Le plafond environnemental : l’espace « juste et sûr pour l’humanité »
Le plafond du Donut correspond aux 9 limites planétaires identifiées par le Stockholm Resilience Center climat, biodiversité, cycle de l’azote et du phosphore, usage des sols, acidification des océans, eau douce, ozone, aérosols et pollution chimique.
Franchir ces limites fait basculer les écosystèmes dans des zones de risque. Les données compilées montrent que les États-Unis présentent le dépassement le plus marqué sur plusieurs de ces limites, suivis du Canada et du Royaume-Uni. Sortir de ce système linéaire, fondé sur l’extraction et le gaspillage, suppose de basculer vers une économie régénérative un principe central du modèle.
Le Donut n’oppose donc pas l’humain à la nature : il les place dans un même cadre. Le bien-être social et la préservation planétaire deviennent deux conditions indissociables d’une économie viable.
Les limites planétaires comme plafond à ne pas dépasser

Le plafond du Donut n’est pas une frontière politique ni un choix idéologique : il repose sur des travaux scientifiques. Le Stockholm Resilience Center a identifié 9 limites planétaires qui définissent les seuils au-delà desquels les écosystèmes perdent leur capacité à fonctionner normalement. Franchir ces limites, c’est fragiliser les conditions mêmes de la vie humaine sur Terre.
Ces 9 limites planétaires couvrent les grands équilibres naturels dont dépend notre survie :
- Changement climatique : accumulation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère
- Érosion de la biodiversité : disparition des espèces à un rythme inédit
- Cycle de l’azote et du phosphore : perturbation des sols par les engrais
- Acidification des océans : absorption excessive du CO₂ par les mers
- Usage des sols : déforestation et artificialisation des terres
- Eau douce : prélèvements qui dépassent le renouvellement naturel
Ces limites ne sont pas théoriques. Les modélisations basées sur des données de 2015 du Donut Economic Action Lab montrent que les États-Unis présentent le dépassement le plus important, suivis du Canada et du Royaume-Uni. Autrement dit, les pays les plus riches sont souvent ceux qui franchissent le plus de limites alors que 20 % des pays les plus riches affichent de meilleurs indices sociaux, sans que cela garantisse le respect du plafond environnemental.
L’enjeu est donc de sortir d’un système linéaire extraire, produire, jeter pour aller vers une économie régénérative, capable de restaurer ce qu’elle consomme. C’est précisément l’espace « juste et sûr pour l’humanité » que décrit le Donut : entre le plancher social à atteindre et ce plafond environnemental à ne jamais franchir.
D’où vient la théorie du Donut ? Kate Raworth et Oxfam
La théorie du Donut naît d’un constat dressé au sein d’Oxfam. L’économiste britannique Kate Raworth y passe 11 ans, dont une partie au sein de l’équipe de recherche. Elle y observe que le 1 % le plus riche détient près de la moitié des richesses mondiales.
En 2012, elle publie le document fondateur « A safe and just space for humanity », fruit de ses années de travail et de la formalisation de son modèle. Ce texte pose les bases du plancher social et du plafond environnemental.
Le grand public découvre ensuite l’ouvrage « Doughnut Economics », couronné « book of the year » par le Financial Times. Il dépasse les 100 000 exemplaires vendus, porté par une idée simple : repenser une pensée économique héritée du 19e siècle.
Comment appliquer le Donut à un territoire ? L’exemple d’Amsterdam
| Ville ou territoire | Année d’adoption | Démarche engagée | Résultat concret |
|---|---|---|---|
| Amsterdam | 2020 | Plan de relance post-Covid | Justice sociale et transition écologique |
| Grenoble | 2022 | Portrait Donut territorial | Rapport de données local publié |
Le Donut n’est pas qu’un concept abstrait réservé aux économistes : il se décline à toutes les échelles, d’un pays à une entreprise, en passant par une ville. Chaque territoire commence par mesurer où il se situe entre son plancher social et son plafond environnemental, puis ajuste ses politiques publiques en conséquence.
Amsterdam fait figure de pionnière. La ville a adopté le modèle dès avril 2020, devenant la première municipalité au monde à inscrire la théorie du Donut au cœur de sa stratégie. Le cadre a servi de boussole pour orienter le plan de relance post-Covid, en conciliant deux priorités souvent opposées : la justice sociale et la transition écologique. Le logement illustre bien cette approche, avec des politiques pensées pour rester sous le plafond environnemental tout en garantissant l’accès à un toit.
Grenoble a suivi le mouvement à partir de février 2022. La ville a lancé un Portrait Donut territorial, un diagnostic de plusieurs années aboutissant à un rapport de données publié en 2024. Objectif affiché : projeter la ville à l’horizon 2040 en identifiant précisément ses dépassements et ses manques sociaux. Aujourd’hui, plus de 70 villes dans le monde s’appuient sur cette boussole pour repenser leur développement.
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Repenser l’économie : du PIB à la croissance régénérative
La théorie du Donut ne se contente pas de décrire un espace sûr : elle propose une autre manière de faire de l’économie. Kate Raworth invite à sortir d’une pensée héritée du 19e siècle, encore dominée par la quête d’une croissance infinie du PIB.
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- Une économie distributive : orienter la valeur créée vers les 16 besoins sociaux du plancher.
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