Économie du donut : définition, principes et application aux territoires

L’économie du donut est un modèle économique qui place l’humain et le vivant au cœur de ses priorités.

  • Théorie imaginée par l’économiste britannique Kate Raworth, publiée en 2017.
  • Elle dessine un anneau : le donut, ni trou central ni extérieur.
  • Objectif : rester dans l’espace juste et sûr entre les deux frontières.
  • Le plancher social garantit à tous les besoins essentiels.
  • Le plafond environnemental fixe les 9 limites planétaires à ne pas franchir.
  • Le modèle s’inspire des 17 Objectifs de Développement Durable de l’ONU.

Qu’est-ce que l’économie du Donut ?

L’économie du Donut est un modèle économique qui place l’humain et le vivant au cœur de ses priorités. Imaginée par l’économiste britannique Kate Raworth, cette approche dessine un espace idéal dans lequel l’humanité peut prospérer sans détruire la planète. Sa particularité : elle se représente sous la forme d’un anneau, le fameux « donut », dont le trou central symbolise les besoins non satisfaits et l’extérieur les limites écologiques franchies.

Le Donut, un modèle économique né en 2017

Kate Raworth a consacré 11 années de travail à cette théorie avant de publier son ouvrage « La Théorie du Donut : l’économie de demain en 7 principes ». Dès sa sortie, le livre rencontre un large succès : le Financial Times le désigne « book of the year », et il s’écoule à plus de 100 000 exemplaires.

Le modèle s’inspire directement des 17 Objectifs de Développement Durable des Nations Unies, adoptés pour guider les politiques publiques vers un avenir soutenable. L’idée directrice est simple : transformer en profondeur le système économique actuel pour le rendre compatible avec les limites de la planète.

Les concepts fondateurs du modèle

La force du Donut réside dans sa capacité à rendre visibles, en un seul schéma, deux impératifs complémentaires : ne laisser personne de côté et ne pas dépasser les capacités de la Terre.

  • Plancher social minimal : garantir à tous l’accès aux besoins essentiels
  • Plafond environnemental planétaire : ne pas franchir les 9 limites de la Terre
  • Espace juste et sûr : la zone verte entre ces deux frontières
  • 17 Objectifs Développement Durable : source d’inspiration du modèle
  • Dépassement des limites : situation des pays qui franchissent ces seuils, comme les États-Unis

Concrètement, l’espace intérieur du Donut représente toutes les situations où des besoins humains fondamentaux se nourrir, se soigner, s’éduquer restent insatisfaits. À l’extérieur, on trouve les 9 limites planétaires identifiées par les scientifiques, comme le climat, la biodiversité ou le cycle de l’azote. Entre les deux se situe l’objectif : un espace juste et sûr où l’humanité peut s’épanouir durablement.

Plancher social et plafond environnemental

économie du donut
Composante du Donut Nombre d’éléments Source scientifique Exemple de dépassement
Plancher social 16 objectifs sociaux Objectifs de Développement Durable de l’ONU Besoins essentiels non couverts pour une partie de l’humanité
Plafond environnemental 9 limites planétaires Travaux de Rockström et Steffen États-Unis dépassent toutes les limites

Le Donut se lit comme un anneau : à l’intérieur du cercle central se trouve le plancher social, qui rassemble les 16 objectifs sociaux inspirés des 17 Objectifs de Développement Durable des Nations Unies. Ces éléments couvrent les besoins fondamentaux alimentation, santé, éducation, revenu, accès à l’eau. Tant qu’une partie de l’humanité vit sous ce plancher, le modèle pointe une zone rouge intérieure où les besoins essentiels ne sont pas assurés.

Autour de cet espace sûr s’élève le plafond environnemental, constitué des 9 limites planétaires issues des recherches du Stockholm Resilience Center de Rockström et Steffen. Climat, biodiversité, cycle de l’azote et du phosphore, usage des sols, acidification des océans : ces seuils définissent ce que la planète peut supporter sans se dégrader durablement.

L’espace juste et sûr se situe donc entre ces deux frontières : assez de ressources pour que chacun vive dignement, sans franchir les seuils écologiques. Or les modélisations des dépassements montrent des zones rouges bien réelles à l’extérieur du Donut. Les États-Unis, par exemple, franchissent toutes les limites planétaires signe qu’un pays peut assurer un haut niveau social tout en épuisant ses écosystèmes.

À l’inverse, une partie de l’humanité reste coincée sous le plancher social, sans accès aux besoins de base. Le Donut rend cette double contrainte visible d’un seul regard : il ne s’agit pas de choisir entre justice sociale et respect de la nature, mais de tenir les deux ensemble dans un même espace.

Application aux villes et territoires

Le Donut n’est pas qu’un modèle théorique : il se traduit en feuilles de route concrètes. Amsterdam a été la première ville au monde à l’adopter, dès avril 2020, en s’appuyant sur le plan de relance lié à la crise sanitaire. Grenoble a suivi en février 2022, avant de bâtir un Portrait Donut territorial sur la période 2022-2025 pour guider ses politiques locales.

Ce modèle s’applique à toutes les échelles : un pays, une ville, une entreprise ou même un individu. En France, l’association France Villes et territoires Durables est devenue organisation in action du DEAL à l’été 2023, diffusant la méthode auprès des collectivités. L’objectif reste le même partout : faire tenir un territoire dans l’espace sûr et juste du Donut.

Concrètement, une ville commence par mesurer ses dépassements environnementaux et ses besoins sociaux non couverts. Elle en tire des priorités d’action : alimentation locale, mobilité sobre, logement digne, énergie régénérative. Le Donut devient alors une véritable boussole territoriale, plus utile qu’un simple indicateur de croissance.

Économie régénérative et distributive

L’économie du donut ne se contente pas de décrire un espace sûr : elle définit aussi la manière d’y parvenir. Kate Raworth parle d’une économie régénérative et distributive, pensée pour réparer les dégâts du modèle actuel.

Pour bien la comprendre, il suffit de la résumer en cinq idées simples.

  • Sortir du modèle linéaire : le système actuel extrait, consomme puis jette, sans boucler le cycle.
  • Régénérer les ressources : produire en permettant à la nature de se reconstituer, comme la régénération naturelle.
  • Partager les richesses : le 1 % le plus riche détient 50 % des richesses mondiales, un déséquilibre insoutenable.
  • Refuser la croissance infinie : rien dans la nature ne croît à l’infini, pas même le PIB.
  • Réduire les inégalités : sortir de l’accaparement des ressources pour aller vers leur partage.

Concrètement, l’économie régénérative vise à ce que les activités humaines produisent plus de ressources qu’elles n’en consomment. Elle s’oppose au modèle actuel, qualifié de dégénératif : la consommation y dépasse la capacité de régénération de la planète.

Le volet distributif, lui, s’attaque à la répartition. Quand le 1 % des plus riches concentre 50 % des richesses, la croissance profite à une minorité, pas à la société dans son ensemble. Répartir, c’est aussi rendre l’économie plus stable et plus juste.

Ces deux principes se rejoignent dans une même finalité : faire de la prospérité un objectif collectif plutôt qu’une course individuelle. C’est le fil conducteur des principes de Kate Raworth, que nous allons maintenant découvrir.

Les 7 principes de Kate Raworth

L’ouvrage La Théorie du Donut, publié chez Plon et vendu à plus de 100 000 exemplaires, ne se contente pas de décrire un modèle : il propose une méthode. Kate Raworth y déroule 7 principes qui forment la colonne vertébrale du livre, après 11 années de travail sur cette théorie. Chaque principe bouscule une habitude de pensée héritée de l’économie classique.

De l’homo economicus à l’humain réel

Le premier réflexe de Raworth consiste à tordre le cou à l’homo economicus, cet individu censé être purement rationnel et égoïste. Or, aucun être humain ne fonctionne ainsi : nous sommes influençables, solidaires, ancrés dans des réseaux. Ce principe invite à considérer la nature humaine réelle, avec ses besoins et ses liens sociaux, comme point de départ de toute analyse économique.

Une économie intégrée au vivant

Les principes suivants replacent l’économie à l’intérieur du vivant, et non au-dessus. Fini le schéma du circuit fermé où la nature n’apparaît qu’en périphérie : ressources, énergie et déchets font partie du système. Raworth propose ainsi de sortir du dogme de la croissance infinie du PIB rien ne croît à l’infini dans la nature pour viser une économie régénérative et distributive. Cette vision s’appuie sur les 9 limites planétaires et les 16 objectifs sociaux qui structurent le Donut.

Dépasser le PIB comme objectif

Les institutions économiques restent structurées autour d’un dogme : la croissance infinie du PIB. Pourtant, rien ne croît indéfiniment dans la nature. Le PIB, conçu pour le 20e siècle, ignore les limites planétaires et les besoins humains fondamentaux.

La théorie du donut propose de remplacer cette boussole par un cap plus juste : une prospérité digne et collective. L’objectif n’est plus de produire toujours plus, mais de répartir autrement. Rappelons que les 1 % les plus riches détiennent 50 % des richesses mondiales, tandis que le modèle actuel consomme les ressources au-delà de leur régénération naturelle.

Concrètement, cette boussole s’appuie sur les 17 Objectifs de Développement Durable des Nations Unies, les 9 limites planétaires et les 16 objectifs sociaux du donut. Elle guide les territoires vers un espace juste et sûr, où l’économie sert la vie plutôt que l’inverse.

FAQ Questions fréquentes sur l’économie du donut

Qui a créé l’économie du donut ?

L’économiste britannique Kate Raworth a créé ce modèle en 2012, puis l’a développé dans son livre « La Théorie du donut » publié en 2017. Elle enseigne à Oxford et conseille des villes et institutions.

Pourquoi parle-t-on de « donut » ?

Le donut désigne la zone sûre et juste pour l’humanité : un plancher social minimum à ne pas franchir vers le bas et un plafond environnemental à ne pas dépasser. L’anneau central représente cet espace viable.

Quelle différence avec l’économie circulaire ?

L’économie circulaire vise à réduire les déchets et boucler les flux de matières. L’économie du donut est plus large : elle fixe des seuils sociaux et écologiques à ne pas franchir et repense les finalités de l’économie.

L’économie du donut est-elle anticapitaliste ?

Non, elle n’est pas un système idéologique mais un cadre d’analyse. Kate Raworth propose de réorienter le capitalisme vers des objectifs régénératifs et distributifs, sans abolir l’entreprise ni le marché.

Quelles villes appliquent déjà ce modèle ?

Amsterdam a adopté le donut dès 2020 comme boussole municipale. Bruxelles, Copenhague, Portland, Nanaimo ou Grenoble expérimentent aussi cette approche pour guider leurs politiques locales.

Le donut remplace-t-il le PIB ?

Il ne remplace pas le PIB mais le complète par des indicateurs sociaux et environnementaux. Le PIB mesure la production, pas le bien-être ni la pression sur les limites planétaires.

Combien de limites planétaires existent ?

Neuf limites planétaires ont été identifiées par la science. Six sont déjà dépassées selon les travaux de 2023, dont le climat, la biodiversité et les cycles de l’azote et du phosphore.

Quels sont les 12 besoins sociaux du donut ?

Le plancher social couvre douze dimensions : alimentation, eau, santé, éducation, revenu, logement, énergie, mobilité, réseaux, équité, genre et paix. Chacune doit être garantie à tous.

Comment une entreprise peut-elle appliquer le donut ?

Elle peut cartographier ses impacts sur les douze besoins sociaux et les neuf limites planétaires, puis fixer des objectifs de régénération. Des guides comme le Doughnut Design for Business l’accompagnent.

Le donut est-il applicable à l’échelle mondiale ?

Oui, le cadre a été conçu pour l’économie mondiale avant d’être décliné localement. Chaque pays ou territoire peut adapter ses seuils selon son contexte social et écologique propre.

Quelles critiques adresse-t-on au modèle ?

Certains économistes jugent le donut difficile à quantifier ou trop vague. D’autres critiquent l’absence de mécanismes de transition précis vers ce modèle à grande échelle.

Où trouver des données pour mesurer le donut local ?

Le Doughnut Economics Action Lab (DEAL) publie des outils et méthodologies ouvertes. Des équipes comme celle de C40 ou du Centre de résilience de Stockholm fournissent des indicateurs comparables.