La théorie du Donut de Kate Raworth : comprendre le modèle économique qui réconcilie justice sociale et limites planétaires
La théorie du Donut est un modèle économique de Kate Raworth (2012) conciliant justice sociale et limites planétaires.
- Espace sûr et juste entre plancher social et plafond environnemental.
- Plancher social : besoins vitaux comme nourriture, eau, santé, éducation.
- Plafond environnemental : limites planétaires à ne pas franchir.
- Modèle popularisé par le livre « L’économie de demain en 7 principes ».
- Inégalités pointées : 1 % détient la moitié des richesses mondiales.
Qu’est-ce que la théorie du Donut ?
La théorie du Donut est un modèle économique imaginé par l’économiste britannique Kate Raworth, qui le propose pour la première fois en 2012. Représentée par un simple anneau, cette boussole invite à faire prospérer l’humanité sans dépasser les limites de la planète.
Entre le plancher social et le plafond environnemental se trouve un espace sûr et juste : la zone verte du Donut. L’objectif est d’y faire entrer tous les habitants de la Terre, en assurant les besoins vitaux grâce à une économie respectueuse des écosystèmes.
Après 11 ans de maturation, l’idée devient un ouvrage best-seller, « L’économie de demain en 7 principes », publié chez Plon. Le Donut s’est depuis imposé comme une alternative concrète aux modèles focalisés sur la seule croissance, notamment face aux défis sociaux et environnementaux du 21e siècle.
Le plancher social et le plafond environnemental

Imaginez un anneau : à l’intérieur, un trou qui représente tout ce qui manque aux êtres humains pour vivre dignement. À l’extérieur, un dépassement qui symbolise tout ce que nous infligeons à la planète. Entre les deux se trouve la zone verte, cet espace sûr et juste où l’humanité peut prospérer sans détruire son environnement.
C’est là toute la force du Donut : il ne fixe pas seulement une limite à ne pas franchir vers le haut, il impose aussi un seuil à ne pas creuser vers le bas. Toute société qui laisse son trou central s’agrandir échoue, même si elle respecte les limites planétaires.
Le plancher social : les besoins humains fondamentaux
Le plancher social rassemble tout ce qui est indispensable à une vie décente : nourriture, eau potable, logement, santé, éducation, énergie, revenu suffisant, égalité et paix. Sous ce plancher, on tombe dans ce que le modèle appelle les zones rouges : des besoins vitaux non assurés pour une partie de la population.
Ce constat est d’autant plus frappant que les 1 % les plus riches détiennent la moitié des richesses mondiales. Le Donut ne se contente donc pas de protéger la nature : il rappelle que la justice sociale fait partie intégrante d’une économie soutenable.
Le plafond environnemental : les limites planétaires
Au-dessus de l’anneau, le plafond environnemental traduit les limites planétaires établies par les sciences naturelles. Les franchir, c’est faire peser sur les écosystèmes des pressions qu’ils ne peuvent plus absorber :
- Dérèglement climatique : réchauffement et événements extrêmes
- Érosion de la biodiversité : disparition accélérée des espèces
- Pollution chimique : substances toxiques dans l’eau, l’air, les sols
- Cycles azote et phosphore : perturbés par les engrais massifs
Entre ce plancher et ce plafond se dessine l’espace sûr, la zone verte du Donut. C’est là que l’économie devrait opérer : assez haut pour couvrir les besoins de tous, assez bas pour ne pas dépasser ce que la Terre peut supporter.
L’origine de la théorie : Kate Raworth et Oxfam
Derrière le Donut se cache une économiste britannique, Kate Raworth, qui a passé 11 ans au sein de l’équipe de recherche d’Oxfam. C’est dans ce cadre, au contact des inégalités mondiales, qu’elle forge une boussole capable de répondre aux défis sociaux et environnementaux du 21e siècle.
La première proposition du Donut voit le jour en 2012, après une longue maturation. L’idée s’impose ensuite comme un modèle incontournable pour repenser la prospérité autrement que par la seule croissance.
En novembre 2018, elle publie « L’économie de demain en 7 principes » aux éditions Plon. L’ouvrage devient un bestseller dans le monde anglophone et installe définitivement le Donut comme une référence de la pensée économique moderne.
Les applications concrètes : Amsterdam et autres villes
La théorie du Donut n’est pas restée dans les livres : elle a inspiré des politiques publiques à grande échelle, notamment en Europe.
- Amsterdam, ville pionnière : première ville au monde à adopter l’économie du Donut, en avril 2020.
- Plan de relance post-Covid-19 : la ville a saisi ce moment de reconstruction pour repenser son modèle économique.
- Logement et transition écologique : priorité donnée aux besoins sociaux tout en réduisant l’empreinte environnementale.
- Urbanisme et santé : les politiques locales intègrent désormais bien-être des habitants et écologie dans leurs décisions.
Amsterdam a ainsi montré qu’une collectivité pouvait utiliser le Donut comme boussole concrète, et non comme un simple concept théorique. D’autres villes européennes s’en inspirent aujourd’hui pour leurs plans d’urbanisme, de développement durable et de santé publique.
Cette adoption locale prouve que le modèle de Kate Raworth peut se traduire en actions mesurables, à l’échelle d’une commune comme d’un pays.
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Le Donut inspire des territoires entiers, et d’autres modèles économiques alternatifs méritent le détour. Côté échanges, le commerce équitable repose sur un partenariat commercial fondé sur le dialogue et la transparence, visant plus de justice dans le commerce international.
La justice sociale au cœur du Donut rejoint d'autres démarches pratiques : une recette de lessive au lierre montre comment fabriquer soi-même un produit ménager à partir de feuilles fraîches, d'eau et d'une casserole dédiée, en laissant mijoter puis infuser avant de filtrer la préparation.
Les 7 principes de l’économie de demain
Dans son ouvrage La Théorie du Donut (Plon), Kate Raworth ne se contente pas de dessiner un modèle. Elle propose aussi une nouvelle façon de penser l’économie, structurée autour de 7 principes qui rompent avec les réflexes hérités du 20e siècle.
Ces principes forment une véritable boîte à outils pour quiconque veut comprendre ou construire une économie adaptée aux défis sociaux et environnementaux du 21e siècle.
- Remettre l’humain au centre : remplacer l’homo economicus par des êtres humains réels, sociaux et dépendants les uns des autres.
- Voir l’économie comme un système : la représenter comme un ensemble dynamique, intégré à la société et à la nature.
- Cultiver la nature : cesser de la traiter comme un simple décor et intégrer ses cycles dans nos modèles.
- Penser en distribution : concevoir une économie qui répartit les richesses, alors que les 1 % les plus riches détiennent aujourd’hui la moitié des richesses mondiales.
- Viser la régénération : passer d’un système dégénératif à un système régénératif, qui reconstitue les ressources au lieu de les épuiser.
- Rester agnostique à la croissance : ne pas faire de la croissance du PIB une fin en soi, mais un moyen parmi d’autres.
- Être profondément redistributif : partager les ressources au lieu de les accaparer.
Pris ensemble, ces 7 principes dessinent une économie capable de tenir dans le Donut. Chacun d’eux sera repris en détail dans les sections suivantes.
Sortir du système linéaire : régénératif et distributif
Dans la nature, rien ne croît indéfiniment : un arbre ne monte pas jusqu’au ciel. Pourtant, nos institutions restent structurées autour d’une croissance infinie du PIB, un logiciel hérité du 20e siècle et inadapté aux défis du 21e siècle.
Cette pensée économique obsolète ignore une réalité brutale : les 1 % les plus riches détiennent aujourd’hui 50 % des richesses mondiales. Les ressources sont accaparées par une minorité au lieu d’être partagées, ce qui alimente les inégalités et la pression sur les écosystèmes.
La théorie du Donut propose donc de changer de logiciel : passer d’une économie dégénérative qui épuise les ressources à une économie régénérative qui les reconstitue, et d’un système d’accaparement à un modèle distributif qui répartit équitablement la valeur. Croissance ne signifie plus automatiquement progrès.
Dépasser le dogme de la croissance du PIB
Le PIB reste l’indicateur roi : les institutions économiques mondiales sont structurées autour de sa croissance infinie. Or, dans la nature, rien ne croît indéfiniment. Une forêt ne grandit pas sans fin, un organisme non plus.
Cette pensée économique obsolète, héritée du 20e siècle, s’avère inadaptée aux défis sociaux et environnementaux du 21e siècle. Mesurer la richesse produite sans compter les dégâts humains ni les limites planétaires revient à foncer dans le mur en regardant le compteur.
La théorie du Donut invite donc à changer de logiciel : remplacer la course au PIB par une boussole qui oriente l’économie vers les besoins essentiels, dans le respect des équilibres naturels.
